Compte-rendu de « la réponse » afrikaans

Personne ne viendra. Un dimanche soir, c’est certain, nous serons une dizaine de guerriers fêtards. Il n’y aura pas de première partie, c’est sûr, à 22h nous serons rentrés, les dents lavées, prêts à se faxer au lit.

Ceci résume l’état d’esprit de mon groupe d’amis et moi-même sur le chemin du concert de « Die Antwoord »* (voir en bas de page pour celles et ceux qui ne connaissent pas avant la lecture de l’article). Il faut avouer que nous étions partis en virée bruxelloise tout le week-end et que nous faisions une pause au Luxembourg, à Den Atelier, pour le concert avant de poursuivre notre route vers nos petits nids respectifs. Il faut avouer (principalement) que j’avais dormi 4 heures, que nous étions à 80% de nos effectifs à gober de l’ibuprofene depuis le réveil, et à manger du gras, du lourd, pour éponger les bulles de champagne. Je commençais à regretter amèrement d’avoir déjà ma place, et je voulais si fort qu’on me laisse mourir, dépérir, trépasser sur la banquette arrière.

2 bouteilles de Contrex plus tard, nous approchons de la salle, et surprise, une file d’attente longue comme mes tickets de CB de la veille au soir, s’était formée sur le trottoir. Je révise rapidement ce que nous projetions. La place à 30 centimètres de Ninja tout en ayant un périmètre de 2 mètres autour de mois, je pouvais oublier, et vite. Après un rapide tour d’horizon des personnes présentes dans cette interminable queue, je reste bouche bée tant le mélange de genre fait un grand écart à 360°. Des punks et punkettes purs et durs, des moustachus hispters, des hommes en chemisettes et lunettes d’informaticiens sortant tout juste d’une télé-conférence, des dreadlocks natures et fluos, des cyber-futurs-terriens, un pikachu d’1m80, une ou deux poupées kawaii, des minis-Woodkid en puissance,  des personnes plus âgées, voire vraiment âgées, quelques bikers en cuir et moustaches, me piquent les yeux et ravivent mon état post party du samedi soir. Le melting pot me ravie, il faut être sincère, et je dresse un triste bilan sur mon propre look. Un sweat, des baskets, un jean’s avec des tâches d’alcool sèches, je ne dois pas ravir qui que ce soit dans la foule. Quoi qu’il en soit, je suis confort!

20h20, la première partie a débuté, car oui, première partie il y a. Au dessus du bar les gens s’agglutinent pour suivre un match de foot. 21h05 le dj est toujours sur scène, cela nous semble vraiment très long. J’entends d’autres râleurs dans la salle « on bosse demain, font ****** ». 21h20 j’ai été fumé 2 clopes, c’est inexorablement long, je veux aller dormir sur la banquette arrière. Achevez-moi, et vite, c’est un supplice sonore, que dis-je de la torture. J’ai l’impression d’être dans une boîte de nuit à Ibiza. Pour un dimanche soir la violence musicale est terrible. Un petit concert acoustique me fait baver soudainement, sur fond d’électro je m’évade psychiquement à ma ballade en guitare.

Je ne regarde même plus l’heure, quand le dj qui ne sait pas présenté, n’a pas regardé le public une seule fois, s’éclipse. Alleluia. Dans la fosse, l’énergie est à son acmé, prête à exploser. Un écran, discret jusqu’à présent, et au fond de la semaine. Une musique sombre, digne de la montée du frisson dans un film d’horreur, commence. Le sample vraiment flippant bat comme le coeur calme d’un serial killer épiant sa prochaine victime. Nous sommes plongés dans l’univers des sud-africains, sans préavis, sans retenue. La projection commence, nous sommes maintenant épiés pour de vrai. Non pas par un serial killer, mais par Leon Botha, Dj, photographe sud-africain. Il était atteint de progeria, et est décédé début juin de cette année. Il avait collaborer avec le groupe pour la chanson Enter The Ninja et apparaissait dans leur clip. S’agit-il d’un hommage ou d’une mise en scène habituelle? Il nous scrute, insensible, sur fond noir. La tension dans le public continue son ascension crescendo. Au tour de Dj Hi tek d’entrer sur scène. Il passe derrière les platines et nous « fok in the ass ». Cette charmante attention émane du musicien affublé d’un masque de freaks et d’un survêtement XXL orange fluo. Imaginez la fosse se défoulant, satisfaite de la proposition de Hi tek d’honorer notre postérieur, je surveille alors soigneusement mon environnement. Je glisse à l’oreille d’une chemisette à carreau d’être prudent avec ses coudes et ses poings. Certains dansent comme ils boxent, suant à grosse goutte, travaillant leur jeux de jambes en lancant énergiquement les bras vers le ciel. La chemisette s’éloigne, j’ai des costaud autour de moi, relativement sages, je peux savourer l’arrivée de Yo-Landi et Ninja.

Hystérie. Deux joggings orange signalisation sont là. Le petit elfe blond tend l’oreille sans un mot. La foule hurle. Ninja peut commencer sa logorrhée verbale. Son débit est incroyable. La voix de Yo-Landi Vi$$er est intacte aux enregistrements studio, aiguë, se rapprochant des mangas. Très vite les vestes tombent. Ninja est torse nu, le contraire aurait déçu tout le monde, exhibant ses tatouages de taulard. Ils enchaînent sans répit, le public fait des vagues en sautant, les trois membres de Die Antwoord se donnent sans concession. Ils sont violence, exubérance, extravagance, décalage, désinhibition. Changement de costume, danse, contact avec le public, ils dégoulinent. Dans la salle, il y flotte comme un étrange sentiment de vénération. Ils incarnent deux gourous à l’univers dérangeant, contraire à la morale, auxquels les spectateurs s’identifient le temps d’une soirée, prêts à se prosterner face à eux. La cohésion est totale, la fusion est parfaite. J’ai trouvé admirable le fait que ce groupe rapproche les individus de la sorte, une amie a trouvé cela très flippant, trop proche de la frontière de l’univers sectaire. Quoi qu’il en soit, le concert est sans répit. J’adore, je profite, je jubile, tout aussi malléable que les autres, je les admire.

Il y a toujours une fin à toutes les bonnes choses, je m’extirpe de la foule tout en moiteur, le cheveux collé au front. Avec les amis, on court vite en dehors de l’Atelier pour éviter le ras de marée humain. Demain il faut aller bosser, la réalité nous rattrape, mais que c’était bon!

Pour ceux qui ne connaissent pas, je vous conseille quelques clips ci-dessus. Ici la page wikipedia les concernant pour retracer rapidement leur histoire et par là leur site officiel, fidèle à eux…

Die Antwoord – Baby’s on fire